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Économie du bien-être et de la justice sociale

 

L’évaluation est à la mode, et concerne non seulement les individus au travail, mais aussi les collectivités, les pays, la planète. Or, dans le domaine de l’évaluation « sociale » ou « sociétale », si une grosse partie des difficultés de l’évaluation tient à l’appréciation de l’état réel des choses ou à la compréhension de l’enchaînement causal des phénomènes, une difficulté non moins essentielle consiste à se donner les bons critères. Deux écueils sont à éviter. Le premier consiste à croire que les critères sont évidents – tant les injustices sont criantes, par exemple –, le second que les critères sont simple affaire de préférences de l’évaluateur ou du décideur qui le mandate. En réalité, de nombreux critères possibles entrent en concurrence et pointent dans des directions opposées (par exemple pour identifier les plus défavorisés et la meilleure façon d’améliorer leur sort), et les responsables politiques, comme le débat public, ont besoin d’un éclairage sur les fondements et les enjeux.

La philosophie morale et politique et l’économie normative ont développé un champ d’analyse dont l’objet est d’explorer les liens entre les valeurs fondamentales (égalité, liberté, solidarité, respect…) et les critères concrets (principes de justice distributive, mesures du bien-être social, de l’inégalité ou de la pauvreté). Ces deux disciplines se font concurrence mais se partagent aussi en partie le travail, l’économie se réservant les méthodes formalisées et les modèles de répartition des ressources les plus concrets. Le dialogue entre elles est fructueux, chacune d’elles étant source d’inspiration pour l’autre.

Il existe une demande sociale importante pour des critères de bien-être social, d’inégalités, de pauvreté. Les organisations internationales, les Etats, les acteurs et mouvements sociaux souhaitent bénéficier d’indicateurs permettant de guider l’action et d’en évaluer les résultats. Une certaine dynamique est à l’œuvre, dans des initiatives diverses des Nations Unies, de l’OCDE, de certain pays (commission Stiglitz-Sen-Fitoussi en France, bonheur national brut au Bhoutan…), et la pression d’acteurs sociaux (tel le réseau FAIR en France). Il existe aussi une demande plus diffuse mais peut-être plus profonde pour retrouver de l’espoir à long terme, une perspective de progrès social. La prétention marxienne de proposer une telle perspective à partir d’un constat purement objectif d’évolution historique nécessaire doit céder la place à une réflexion qui allie la détermination des possibles et l’identification du souhaitable.

Dans cette orientation, les théories de la justice sociale doivent jouer un rôle central. Sur le plan académique, l’économie normative dispose de réseaux solides (Social Choice and Welfare est le nom d’une revue et d’une société savante, et il existe d’autres réseaux voisins et imbriqués autour des conférences Logic, Game and Social Choice, New Directions in Welfare Economics et de revues telles que Journal of Public Economics,Journal of Public Economic Theory et Review of Economic Design, ou encore l’association Human Development and Capabilities). Les théories du choix social, des allocations équitables, de l’analyse coût-bénéfice, de la mesure des inégalités et de la pauvreté, de la conception de mécanismes incitatifs et de la  fiscalité optimale forment un champ assez vaste. L’objectif de la chaire sera de contribuer à mettre en valeur et à dynamiser ce champ.

Dans le cadre de la chaire, deux projets sont en place : L'ANR EquiRisk – Equité dans les environnements économiques intertemporels risqués, retenu par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) au titre du programme "Inégalité – Inégalités" (INEG), édition 2012 ; et le Programme franco-suédois en philosophie et économie, financé par le Riksbankens Jubileumsfond et la FMSH.

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